Rencontre du 3ième type

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Alors à gauche, c’est Titi. Il a 45 ans, et je viens de le retrouver au fond d’une boîte en faisant du rangement. Il fut le fidèle compagnon de mes chagrins et de mes joies pendant de nombreuses années il y a bien longtemps. Je lui avais même tricoté main une écharpe pour remplacer le noeud papillon qu’il arborait fièrement à l’origine mais qui n’a pas résisté très longtemps au flots d’émotions que je lui infligeais.

A droite, c’est Gribouille. Il a 6 ans, et je le retrouve tous les soirs sur mon canapé. Il est le fidèle compagnons de mes chagrins et de mes joies (avec ses deux collègues minettes aussi bien sûr) et le sera pendant de nombreuses années. Il avait au début un collier, mais il n’a pas résisté aux exploits simiesques de Gribouille dans les arbres. Et je ne sais plus tricoter, du coup je ne lui ai pas fait une écharpe pour remplacer. Gribouille ne s’en plaint pas d’ailleurs.

Ce soir, j’ai placé Titi à la place d’honneur sur le canapé, et j’ai l’impression que Gribouille a ressenti toutes les émotions que j’avais pu partager avec Titi; il l’a immédiatement adopté. Il a une sacrée sensibilité, mon Gribouille !

La Roche Champion

Aujourd’hui je suis allé me balader dans un endroit où je n’avais pas remis les pieds depuis plus de 35 ans. Sur le versant nord de la Vallée de Joux, à la frontière française se trouve une particularité géologique que l’on appelle la Roche Champion. Il s’agit d’une impressionnante falaise calcaire d’une centaine de mètres de haut, complètement abrupte, et qui offre une vue incroyable sur le Jura français. Quand j’étais gamin, on allait parfois là-bas en pique-nique, et entre deux cervelas grillés on se payait le grand frisson à s’approcher le plus possible du bord de la falaise.

Je ne me rappelais plus du tout le chemin pour y aller, mais le progrès ayant passé par là, je me suis fié au GPS de mon iPhone (heureusement que la dernière version de Google Maps télécharge les cartes pour pouvoir les utiliser offline, car la couverture GSM au milieu du Risoux, on peut oublier !). J’ai donc parqué ma voiture au bout de la voie carrosable près du chalet Capt, et ai continué à pieds.
Il faut compter en tous cas 40 minutes en marchant d’un bon pas, je ne me rappelais pas que c’était aussi loin. Mais il y a peut-être deux explications à cette amnésie : premièrement on devait faire les zouaves avec mon cousin le long du trajet. Il me semble d’ailleurs que c’est le long du chemin que j’ai perdu mon pari (avec un enjeux de deux sugus) comme quoi les fourmis avaient le goût de vinaigre. Deuxièmement, la deuche devait avoir des suspensions qui nous permettaient d’aller un bout plus loin sur le chemin. Cela expliquerait aussi mon douloureux souvenir quant au confort de la place du milieu sur le siège arrière de la deuche.
Bref, on se balade dans forêt du Grand Risoux, qui m’a toujours fait forte impression : imposante, calme, impressionnante. C’est peut-être d’ailleurs à ce moment que s’est forgée mon âme de futur gothique

RisouxOn arrive finalement dans la clairière en bordure de la falaise, où se dresse l’imposante croix métallique.
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Mon souvenir était bien correct, c’est grandiose, impressionnant… et mon vertige et 10 fois pire qu’il y a 35 ans ! Quelques photos de la vue saisissante depuis là en-haut :

Une bien belle balade en tous cas, que je vous recommande si vous êtes amateur de nature sauvage. Le chemin est bon et relativement plat, hormis les 20 dernières minutes où c’est plus étroit et un peu plus accidenté. C’est en plus super bien indiqué par les panneaux du tourisme pédestre depuis le chalet Capt :

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Dernière chose : si vous montez là-haut, faites bien attention : il est formellement interdit de tenir son cornet de glace à l’envers :

IMG_0664(Si quelqu’un sait ce que veut dire ce panneau, je suis preneur !)

Je hais les scooters

J’adore la mécanique, mais je suis allergique à un type de véhicules : les scooters. Pourquoi ? Parce que les ingénieurs qui ont inventés ces machins ont été formés par Adolf et ont fait un stage de perfectionnement chez Pol Pot. Toutes les pièces sont conçues pour casser au deuxième démontage, et une quantités de recoins inaccessibles ont été aménagés pour y recueillir les vis qui tombent. En plus de cela, il faut trois heures de démontage pour effectuer les opérations de maintenance les plus basiques.
Exemple type : j’ai changé la pile de la petite montre du tableau de bord :

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Bilan de l’opération : 8 heures de boulot et le dos en compote… Rendez-moi mes boguets !

Democracy Monument

Bon… on expliquera une autre fois pourquoi je n’ai rien écrit depuis une année. Ou pas, à voir. Bref, quoi qu’il en soit, me revoici à Bangkok.

Bangkok… Cela fait maintenant plus d’une quinzaine que j’y suis venu pour la première fois. Je n’y ai pas noté de changements majeurs, si ce n’est que le trafic est sans doute encore pire qu’avant, mais que maintenant la partie est de ville est très bien desservie par le réseau de métro et le fameux « Skytrain ». Le skytrain est absolument génial : efficace, bon marché, il dessert même l’aéroport principal et le relie au très animé quartier de Sukumvit, là où se trouvent les fameux complexes commerciaux, les grands hôtels et les bars louches où les filles jouent au ping-pong.
Je n’ai jamais été très friand de ce coin de la ville, je préfère largement la zone de Banglampu, plus à l’ouest dans un des méandres de la rivière Chao Praya. Cette zone jouxte la fameuse Khao San Road, véritable Mecque des routards autrefois. Il faut bien préciser « autrefois », car Khao San s’est apparemment fortement assagie : beaucoup moins de vendeurs à la sauvette, plus de films projetés dans les bars, et beaucoup moins de touristes avinés faisant du scandale dans la rue. Cela est sans doute dû au durcissement de la loi, et ma foi c’est plutôt un mal pour un bien, la zone commence à prendre un côté presque familial.
Le seul problème, c’est que cette zone n’est pas desservie par le skytrain. Les seuls moyens de déplacement sont les taxis, tuk-tuks, ou alors le service de transport public par bus. Pour moi qui cumule maintenant les tares de chômeur longue durée sans prestations, orphelin, sans domicile fixe et pendulaire longue distance, je suis un peu contraint de me tourner vers ce mode de transport.

Ceci dit, les bus marchent très bien; ils ne sont pas chers, climatisés, et le réseau est très dense. C’est donc un moyen très pratique pour rayonner depuis Banglampu vers les autres quartiers de la ville. Le seul bémol, c’est qu’il faut annoncer au receveur lorsque l’on monte à bord son arrêt de destination. Et c’est là que tout se complique.

Un bon repère pour le début de la zone Khao San – Banglampu est le fameux « Democracy Monument » :

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Il est situé sur la grande artère de Ratchadamnoen, et est difficile à rater. Idéal donc comme arrêt de bus. Le problème, c’est qu’en langue thaïe, son nom n’a absolument rien à voir. Et dans le bus le receveur ainsi que les passagers sont rarement des universitaires en goguette, et c’est rare que quelqu’un parle autre chose que le thaï. Donc on a beau eu apprendre le nom de son arrêt par coeur, « Democracy Monument », personne ne comprend. Le nom de la rue, « Ratchadamnoen », j’ai renoncé depuis longtemps à essayer de le prononcer. Si on tente de mimer le monument avec ses doigts, on fait assez rapidement des gestes obscènes, et cette dernière méthode est donc à proscrire. Non, la seule méthode est d’apprendre son nom par coeur, en phonétique, et se le répéter en boucle durant toute la journée :

อนุสาวรีย์ประชาธิปไตย

Cela se prononce « pratchatipathai ». Le seul truc mémotechnique approximatif que j’ai trouvé c’est « Pas de chats, pas de pad thai »… Ce n’est pas exact mais cela a tout de même marché !

PS : Si vous voulez briller en société, annoncez que vous adorez le réalisateur vainqueur de la palme d’or 2010, Chapi chapo va raser ta couille Apichatpong Weerasethakul .

Asimov

Comme adolescent, j’étais plutôt solitaire. Je passais la majorité de mes vacances à la Vallée, dans notre petit appartement à côté de l’Orbe, et je montais le col de la Givrine en vélomoteur. J’en profitais pour m’acheter une cartouche de cigarettes détaxées à la Cure (à 17 Frs à l’époque), cela me faisait les vacances. Je passais mon temps entre la pêche et la lecture frénétique de tout ce qui me tombait sous la main.

C’est à cette époque là que je suis devenu fan de science-fiction. J’avais vu un Temps-X qui présentait le dernier opus des Fondation d’Isaac Asimov, et j’ai dévoré en quelques jours toute la saga. Il y aurait beaucoup de choses à dire là-dessus, mais ce n’est pas mon propos d’aujourd’hui. Car en effet, après avoir engloutit toute le cycle en question, je suis naturellement allé chez Porchet (le seul magasin du  Sentier faisant librairie – tabac – article de pêche) commander d’autres ouvrages de cet auteur et (après une bonne semaine de délai de livraison) j’ai attaqué le cycle des robots d’Asimov.

Quelques 30 ans plus tard, finalement pas grand chose n’a changé. Je suis plutôt un homme solitaire, et je passe la majorité de mon temps en Thaïlande, sur mon île tropicale, dans ma petite maison dans mon village de pêcheurs. J’y viens en avion, bus et bateau (c’est un peu difficile en vélomoteur), et je m’achète toujours une bouteille de bon whisky au dutyfree (à 59 Frs), même si elle ne fait pas toute la durée de mon séjour. Je passe la moitié de mon temps entre la plongée et la lecture frénétique de tout ce qui me passe sous la main.

A ce propos, je n’ai plus besoin d’aller chez Porchet (j’ai bien peur qu’il soit mort, le pauvre), car j’ai dorénavant une liseuse électronique Kindle. J’ai mis plus de deux ans à m’habituer à ce fichu engin; ce n’est pas un livre. Cela ne sent pas le papier, on ne peut pas corner les pages, et ce n’est pas un « objet physique » avec lequel on a une relation comme l’on a avec un livre relié en papier. Mais il faut reconnaître que c’est plutôt pratique en déplacement : on peut y stocker plusieurs centaines d’ouvrages en télécharger de nouveaux instantanément, et tout est à disposition dans quelques centimètres carrés d’électronique. En plus la batterie dure des mois, ce qui la rend au final presque comparable à un livre.

Quelques jours avant de partir, je suis tombé sur un site web qui contenait l’intégrale du cycle des Robots d’Asimov, en format « epub » pour Kindle. Je l’ai évidemment téléchargé et suis instantanément retombé dans un plaisir solitaire vieux de 30 ans : la lecture. Je me suis (re)dévoré le cycle des Robots en quelques jours, et y ai vu une nouvelle perspective depuis mon grand écart entre l’Europe et l’Asie. J’ai l’impression que ce visionnaire d’Asimov préssentait l’évolution de la société occidentale et l’a transposée dans l’univers des Spaciens, alors que la grouillante société Terrienne est plus ou moins ce que l’on vit ici en Asie… Quoi qu’il en soit, cela m’a donné une nouvelle perspective sur cet oeuvre, et j’ai hâte de me replonger dans le monde de Fondation pour voir si j’y trouve une nouvelle interprétation 30 ans plus tard…

Whilix

Alors lui, c’est mon Whilix. Il s’appelle comme ça, parce que c’est un mélange des chats top-models que l’on voit sur les boîtes de Whiskas et de Felix. On le surnomme aussi Gégé, c’est moi noble, mais c’est vrai qu’il a un certain côté Depardieu (surtout l’embonpoint depuis qu’on l’a castré).

Whilix

Il habitait ici avant moi, et c’est un peu le big boss de la zone; dur à cuire, un peu vindicatif, il ne se laisse pas marcher sur les moustaches. Mais il a deux potes avec lesquels il s’entend super bien : Belphégor (son copain ténébreux et top model) et Oula (à mon avis une ancienne conquête du temps où il en avait dans le slip). Aux dernières nouvelles, quand je ne suis pas là il s’est fait ses habitudes dans le lotissement, et un certain nombre de personne le nourrissent sans discuter.

Mais je dois dire que chaque fois que je rentre et que je le trouve sur mon balcon, c’est un vrai bonheur. Déjà, il a une toute petite voix de fausset qui ne cadre pas du tout avec son physique de baroudeur. Et puis surtout, il est mon alter ego félin : c’est un rude gaillard avec un coeur d’artichaud. Il roule les mécaniques, mais il adore les gratouillis sous le menton. Moi aussi je suis un dur à cuire, et pas question de s’attendrir sur un chat. Alors on a un accord tacite : quand il n’y a personne en vue, on se fait des séances de câlins, monsieur ronronne, et moi je lui dit des trucs idiots, mais dès que quelqu’un se pointe (humain ou félin), tout redevient normal : franche camaraderie virile, non mais ! Ni lui ni moi ne sommes des fiottes, qu’on se le dise !

L’encyclique du Pape François

Alors Dieu sait si je n’aurais jamais pensé poster ça un jour, mais je me demande si je ne vais pas me réconcilier avec mes racines catho, moi :

La théorie du complot

Les Illuminatis dominent le monde. Hitler est encore bien vivant, car il a été déménagé en 1945 à bord d’une soucoupe volante nazie et vit heureux en Nouvelle-Souabe (ok, il est vieux, mais en tant que végétarien non-fumeur, il a su préserver son capital-santé). L’homme n’a jamais marché sur la Lune.

Mon environnement culturel est passablement descendu dans l’échelle de l’intelligence ces derniers temps. La majorité des expats sont préoccupés par des sujets graves comme le prix de la bière, la fermeture du principal bar du village, le fait que la Thaïlande, la plongée, la bouffe, et les touristes c’était mieux avant. Du coup, quand on essaie de dévier la conversation sur des thèmes un peu moins terre à terre, on arrive immanquablement au sujet de haut niveau intellectuel essentiel : la conspiration.

Tous les thèmes évoqués ci-dessus ont été abordés avec moi très sérieusement, le doigt bien assuré sur le goulot de la 7ième bière, et lorsque j’essaie d’y opposer des arguments rationnels et autres faits historiques, on me sort la preuve irréfutable : « Hmm… Tu sais, on nous ment. ». Par contre, quand j’essaie de savoir qui est ce fameux « on », j’ai l’impression d’être Harry Potter prononçant le patronyme de Celui-dont-il-ne-faut-pas-dire-le-nom.

Bref, une entité mystérieuse, inatteignable mais omniprésente, omnisciente, dirigeant tout à notre insu, dans un but inconnu… Cela me rappelle curieusement quelque chose.

Dieu est mort.. Mais Nietsche aussi.

Et entre nous, Dieu, le Saint-Esprit, les anges et toute l’équipe, cela avait quand même plus de gueule qu’un obscur conseil d’administration de gars en costard-cravatte. Comme quoi on a les divinités que l’on mérite.

Et en bonus pour ceux que cela intéresse (dont pas les expats avinés), quelques contre-arguments objectifs au fait que l’on ait jamais été sur la lune.

Mais qui sait ? J’ai peu être tort :