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Considérations et remarques sur le matériel et les activités de plongée.

Suivez le guide

Depuis une petite semaine, je suis donc devenu un plongeur professionnel. Et comme dans « professionnel » il y a « profession », il était donc normal que j’exerce ma nouvelle activité. D’ailleurs, dans le tableau du planning des plongées, j’ai maintenant changé de colonne :

Je suis maintenant dans la colonne « INST », pour « instructeur ». Bon, je ne suis que Divemaster et non pas (encore ?) instructeur, mais le fait est qu’il fait partie de mes prérogatives de guider les plongeurs faisant des « fun dives ». Et depuis quelques jours, j’enchaîne les plongées avec mes clients.

Chose amusante, j’ai l’impression d’avoir plus de responsabilités ici en faisant mon guidage qu’au bureau dans la Grande Maison où je ne peux donner que des avis techniques dont tout le monde se moque. Ici en revanche, la prise de décision m’incombe exclusivement et doit être immédiate. Et elle peut être lourde de conséquences; il faut gérer les courants, la dérive, le matériel, la condition physique de chacun, les consommations d’air individuelles, les points d’entrée et de sortie, faire face aux problèmes éventuels et faire en sorte aussi que les plongeurs voient des choses intéressantes et dans de bonnes conditions.

La seule chose qui ne me change pas du rôle de Grand Inquisiteur du bureau, c’est que là aussi je dois faire le flic pour ceux qui vont trop profond, qui ne me suivent pas ou qui ne font pas ce que j’ai dit… La différence, c’est qu’ici je peux (et dois) intervenir, et qu’une bonne remontée de bretelles en langue des signes à 20 m de fond est généralement très efficace.

Grisant, un tel pouvoir !

The final

Avant-hier soir, c’était mon « final », c’est-à-dire la soirée qui clôture le cursus du Divemaster. Il y a évidemment un petit bizutage prévu dans l’histoire, on est entre gens sérieux ! Je m’attendais au pire, car j’avais entendu les pires horreurs sur le sujet, et la version la plus plausible consistait un boire une mixture fortement alcoolisée à travers un tuba tout en portant un masque (cela s’appelle le « snorkle test »). J’ai même lu que certaines fois la mixture contenait des substances sympathiques et variées, allant des piments au viagra en passant par l’extasy et le valium…

En fait, j’ai eu une version beaucoup plus sympathique : une jarre (environ 1/2 litre) de bière, tequila, vodka et je ne sais pas trop quoi d’autre qui donnait à la mixture une étonnante couleur brun-vert, non sans rappeller la teinte de l’eau de mer en plongée passé 35 m… Mais le goût n’était franchement pas mauvais.
Pour que le « final » soit réussi, il faut évidemment tout boire d’un trait à travers un tuyau, à genoux sur le sol tandis que l’instructeur verse la mixture dans un entonnoir fixé à l’autre extrémité du tube, et que la foule enthousiaste prodigue des encouragements. Et bien là aussi, je me suis distingué : épreuve brillamment passée, même si j’ai reversé un peu sur mon pantalon et ma chemise (la seule que j’ai prise avec moi !). Mon instructrice m’a alors avoué qu’elle était encore plus nerveuse que moi, car j’ai été son premier Divemaster et que c’est la 1ère fois qu’elle faisait passer un final !

J’ai également reçu en cadeau un joli pendentif en argent pour fêter mon entrée dans le cercle des plongeurs professionnels :

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Après tout le monde m’a encore offert des tournées, et je ne rappelle pas très clairement la fin de la soirée… Renseignements pris le lendemain, je me suis apparemment mis à danser sur les tables, mais je ne me suis pas mis tout nu ni n’ai déclamé La Venoge. Et par chance, tout le monde était à peu près au même niveau d’éthylisme et personne n’a eu la présence d’esprit de prendre des photos. Dans un dernier sursaut de conscience, j’ai laissé ma moto et suis rentré à pieds, même si je ne sais pas trop par où je suis passé car j’avais les bas de pantalons mouillés le lendemain matin…

Bon, il faut que j’aille renouveler mon stock d’Alca Seltzer.

Le pro

Et bien voila, quatre semaines plus tard :

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J’ai enfin la réponse à mon existantielle question :

Le geek sur le retour est définitivement soluble dans l’eau de mer !

Une journée ordinaire

Un oeil ouvert dans la pénombre matinale. Encore 5 minutes avant que l’iPhone ne lance la « marimba » matinale. Autant l’éteindre, je suis réveillé. Petit tour à la salle de bains, et petite canette de Nescafé glacé achetée au Seven/Eleven hier soir. Ca passe bien sur la terrasse en regardant les bateaux de pêche partir dans la baie. Bon, il faut que je mette mon costume de travail : un caleçon de bain et le t-shirt frappé aux armes du centre de plongée, cela fait toujours pro de respecter le « dress code ». Je saute sur ma moto, et fait bien attention d’éviter les chiens endormis dans les trous du chemin en allant au centre de plongée.

Je parque ma brêle dans un coin en laissant les clés dessus, inutile de s’encombrer. Les matinaux sont déjà là, les sandwiches à l’oeuf (so british !) sont en cours de fabrication, et coup d’oeil au planning du jour pour voir ce qu’il se passe. On part pour Sail Rock, quelques plongeurs sont prévus, et quelques cours continuent aujourd’hui. Je passe dans la salle du matériel récupérer mon équipement qui sent bon le latex mariné dans l’eau de mer, et vais charger les bouteilles dans la remorque. Déjà les premiers clients arrivent. Il y a un peu toutes les nationalités : anglais, allemands, australiens, coréens, japonais, autrichiens, etc. Tout le monde parle l’anglais qu’il peut, les accents trahissent les origines. Après un café (chaud cette fois-ci), c’est départ pour le port, agrippé sur le 4×4 qui trimballe les bouteilles et les sacs. L’équipage thai du bateau donne un coup de main pour charger (en plaisantant en langue des signes), et c’est le départ à bord du bateau. Certains clients sont nerveux, ils vont plonger pour la 1ere fois, d’autres sont plus calmes, d’autres encore sont malades, sujets au mal de mer… malgré la nautamine, pas de chance !

Après une petite heure de navigation et le briefing de plongée, c’est enfin le monde du silence. Que le bruit de sa propre respiration et de ses propres bulles. Les poissons font leur farandole sur fond d’azur ou marine, selon l’angle de vue… Cela me fait chaque fois penser qu’ils sont chez eux, et pas nous, qui pouvons certes grâce à notre technologie s’inviter dans leur domaine pour quelques instants, mais qui devons finalement rejoindre le monde aérien, ou l’on sent à nouveau son poids, et où la troisième dimension redevient à nouveau hors d’atteinte. Alors on compense les sensations physiques que l’on vient d’éprouver en ayant des échanges verbaux « intelligents » : « Comment c’était ? », « As-tu vu la murène à 15 m ? »… Personne n’écoute vraiment les réponses et tout le monde a le sourire : nous sommes tous des privilégiés d’avoir communié pour un instant dans le monde du silence, et nous en avons tous conscience, indépendamment du niveau de chacun, que ce soit sa 1ere plongée ou sa 527ième.

Deuxième plongée ensuite, jamais la même de toute façon, même s’il s’agit du même site. La lumière change, et en fonction de son humeur ou de ce que l’on a entendu sur le bateau, on va plus se focaliser sur un aspect. On connait un peu mieux ses partenaires et l’on va adapter le profil en conséquence. Et on découvre plein d’autres choses que l’on avait pas remarquées la plongée précédente. Finalement, il faut à nouveau sortir, re-verbaliser les sensations, même si tout le monde comprend sans devoir forcément s’exprimer. C’est social aussi : on cause parce que l’on ne va pas rester tout seul dans son coin à rêvasser.

Et puis c’est le retour, les corvées de transbordement, de rinçage d’équipement et de « loggage » des plongées. Cela se termine généralement au bar, où le monde de la surface reprend finalement le dessus. On s’est tous enrichi d’une journée comme celle-ci, mais on sait très bien que c’est difficile d’intégrer cette expérience dans un quotidien traditionnel. Bien que ce soit un expérience intérieure incroyablement riche, on ne parlera que des anectodes futiles mais socialement admises en surface. Qu’importe, on sait tous ce qui est important dans tout ça…

Tiens, ce ne seraient pas des branchies qui sont en train de me pousser là sur le cou ?

Le bleu foncé

Selon le hasard des fréquentations, notre club de plongée fait parfois bateau commun avec le club voisin. Cela permet d’économiser sur la logistique, tout en gardant un bon niveau de prestations. C’est aussi l’occasion de rencontrer d’autres plongeurs et de sympathiser entre membres du staff de différents club.

Cela je ne le savais pas lorsque j’étais un bleu et que je me suis cassé le dos à trimballer des bouteilles avant d’être relevé par la petite minette de 18 ans et 40 kg. Et bien hier, j’ai lavé l’affront : la même minette était avec nous sur le bateau, et lors du transvasage final au port, elle a dû s’arrêter de passer les bouteilles tellement elle n’en pouvait plus. Alors votre serviteur est apparu, le muscle saillant, et je l’ai écarté d’un geste paternaliste : « Take a rest, I will do it. » Je ne sais pas si elle s’est rappelé l’épisode d’il y a quelques semaines, mais moi, ça m’a fait un bien fou !

Ça avance…

Cela fait exactement deux semaines que j’ai commencé ma formation de Divemaster. Ça avance pas trop mal :

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La théorie, c’est allé assez vite : deux coches par jour en moyenne. Mais bon, depuis que je sais lire j’ai passé mon temps à potasser des bouquins, ce n’est pas la partie qui m’inquiétait le plus. Les coches du bas sont plus dures; il s’agit des « skills » pratiques et certains (comme le guidage ou le circuit de démonstrations) prennent facilement plusieurs jours.

J’ai en outre passé avec succès le « stress test » (qui s’appelle d’ailleurs maintenant plus diplomatiquement « equipment exchange »), qui consiste à échanger avec un camarade tout son matériel (sauf le slip de bain !) sous l’eau en respiration alternée sur un seul détendeur. C’est généralement le plus redouté, et il a passé chez moi comme une lettre à la poste, note maximale s’il vous plaît!

Le geek sur le retour serait-il finalement soluble dans l’eau de mer ? Réponse définitive bientôt !

Au bureau

Météo parfaite aujourd’hui, pas trop de vagues, même s’il y avait un peu de courant malgré tout. Bref, j’étais bien content de retrouver mon bureau aujourd’hui :

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En fait, je travaille plutôt dans les étages inférieurs, mais la compagnie là en bas est très agréable et surtout SILENCIEUSE ! Ça changera malheureusement à la rentrée…

A la corde

Quand on commence à plonger à travers le monde, on est en temps que plongeur novice très impressionné par le Divemaster qui saute à l’eau en premier pour aller descendre la corde pour ancrer le bateau ou servir de référence. Il s’équipe tout seul, empoigne ses palmes d’un geste viril, et saute à l’eau avant tout le monde, tout seul, la corde entre les dents (enfin c’est une image, car il a tout de même son détendeur en bouche !). Il réapparait quelques minutes plus tard, et la voie est ouverte poir les plongeurs amateurs que nous sommes.

Et bien aujourd’hui pour la première fois de ma vie, c’est moi qui ait accompli cette tâche ô combien glorieuse. Bon d’accord, le geste était peut-être un peu moins viril et assuré que je le voulais, et j’ai laissé un peu trop de mou à la corde, mais n’empêche, je l’ai quand même fait !

Par contre, j’ai vu quand je suis allé la rechercher en fin plongée que le noeud était beaucoup mieux fait que ce qu’il m’avait semblé avoir effectué. Je n’ai appris que plus tard que mon instructrice l’avais refait en douce, sans rien me dire. Ce n’est pas de la pédagogie, ça ?

Le bleu

Quand on a un certain âge, voire un âge certain, on vit généralement dans un environnement que l’on maitrise. Ceci est particulièrement vrai dans la sphère professionnelle : 10 ans de boîte, je connais les ficelles de la maison comme celles de mon noble métier.
Or voila que depuis quelques semaines, je suis devenu un bleu. Oui, à 42 ans, j’en sais moins que les petits jeunes de 20 ans mes cadets qui ont choisi une voie différente. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela représente une expérience intéressante. Même si personne ne m’a encore collé une claque derrière la tête, il est clair que je suis un bleu dans le domaine de la plongée professionnelle.

Premièrement, il y a le côté physique. L’IT développe peut-être l’esprit (encore que je sois pas totalement sûr !), mais pas le corps. Et ce que l’on excuse et oublie facilement dans notre monde se rappelle très rapidement et douloureusement ici : j’ai mal presque partout, surtout lorsqu’il faut trimbaler des bouteilles de plongée. Le soir, c’est tartinage au beaume du tigre dans l’espoir d’apaiser un peu les courbatures.
Deuxièmement, il y a les compétences professionnelles. Tout le monde sait tout mieux que moi. Cela va depuis où se trouvent les sangles de rechange jusqu’à dans quel ordre doivent se pratiquer les skills. Il faut toujours enfiler la robe de bure et les sandales pour demander de l’aide sur un sujet que l’on est sensé connaître.
Troisièmement, il y a les petits « tours » que l’on joue traditionnellement aux bleus; personne ne m’a encore demandé d’aller chercher le marteau à bomber le verre ou la bulle de rechange pour le niveau d’eau, mais ce genre de gag passe mieux à 18 ans qu’à 40 passé.
Et finalement, et peut-être le plus difficile, c’est de se rendre compte que toutes les compétences que l’on a ne servent à rien. En effet, depuis que je suis là, je n’ai pas vu l’ombre d’un firewall à configurer où d’un accés VPN à mettre en place…

Mais entre nous quelle occasion rare, et quel bien ça fait de devoir se remettre un peu en question. Je pense que c’est ça, le secret de l’éternelle jeunesse ! Rappelez-le moi si jamais je deviens un vieux con…

Vive les vacances

Le prochain qui me dit que je suis en vacances… Il y a trois jours que l’on a une météo apocalyptique, avec des creux de plus de deux mètres et un vent à écorner les buffles (il n’y a pas de boeufs ici). Le trajet aujourd’hui était en « speed boat », c’est-à-dire en vedette avec deux diesels inboard qui taille comme une fusée. Il suffit de rajouter du Wagner en fond sonore (La charge des Walkyries me parait pas mal à propos) et on se croirait plus sur les îles Kerguelen que dans le Golfe du Siam. Je ne sais pas si j’ai perdu du poids, mais j’ai au moins perdu 5 cm grâce au tassement de vertèbres. Et la logistique dans ces conditions, ce n’est pas triste : trimballage de bouteilles et équipement sans se blesser sur un bateau ivre, c’est physique…

Bref, ce soir j’ai mal partout et je crois que je vais aller direct me coucher pour tenter d’être à peu près en forme demain à 7h. Mais la météo annoncée n’est guère meilleure… On verra bien dans état je serai demain !