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Vie quotidienne sur une île tropicale.

Seven/Eleven

Étant maintenant rentré, il ne me reste plus que les souvenirs à coucher sur ces pages. Il y en a plein et de toutes sortes, mais avant de transformer ce blog en copie de flickr, il y a quelques souvenirs d’ambiance, tout autant évocateurs pour moi, que je vais mentionner ici.

En Thaïlande, il y a à tous les coins de rue des magasins alimentaires de la chaîne Seven/Eleven. On y trouve toutes sortes de produits alimentaires et domestiques : boissons, nourriture, chips, savon, lessive, pansements, cigarettes, etc, etc. Une sorte de Migros avec alcool et tabac. J’ai lu quelque part qu’il y en a plus de 4’000 en Thaïlande, et il y en avait évidemment un petit dans mon village de pêcheurs. Tous les soirs j’allais y acheter ma canette de Nescafé froid pour le lendemain matin et ma bouteille de SangSom pour le soir.

Et dans tous les Seven/Eleven de Thaïlande, il y a deux constantes : la climatisation à fond au point qu’il y fait carrément froid, et le son qui rententit quand on passe la porte :

Ces deux bêtes notes ont le pouvoir de m’embarquer à 15’000 km d’ici !

24 heures chrono

24 heures, c’est exactement le temps que m’aura duré toute la bonne énergie que j’ai accumulé pendant presque 3 mois. D’abord, il a ça :

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Ensuite il y a jet-lag (mais bon ça ce n’est pas le pire, je m’y attendais), et effet collatéral des deux précédents sans doute, j’ai une colonie de hérissons dans la gorge. Même peut être un peu de fièvre cette nuit. Je ne sais pas comment je vais aller bosser demain. Et cerise sur le gâteau, cette dernière réflexion me fait penser qu’il faut que j’aille lire les modalités du nouveau service de piquet qui s’est mis en place pendant mon absence et auquel je suis généreusement et impérativement convié.

Rendez-moi mon Île !

Dernier soir

Voila, ma dernière journée sur Koh Pha-Ngan s’achève gentiment. J’ai passé mon temps à empaqueter mes affaires et j’ai même dû faire un carton à expédier par la poste, car j’étais très clairement en excédent de bagages : les bouquins, la stab et quelques bricoles de plongée faisaient tout de même un paquet de 15 kg à trimballer sur la moto jusqu’à la poste de Thong Salah. Même si la route est de jour cette fois-ci, l’aguillage branlant sur le siège arrière de la brêle m’a tout de même causé quelques soucis. Enfin, j’ai réussi à expédier mon paquet et j’espérais ainsi pouvoir voyager léger pour le retour. Espoir déçu : mon sac avec les affaires restantes fait tout de même une bonne vingtaine de kg… Je ne me rappelais pas avoir pris un set d’enclumes avec moi !

Ce soir, il y a une soirée au centre de plongée, en l’honneur d’un anniversaire. Je ne suis pas vraiment en mode festif, mais je me dois tout de même d’aller y faire un saut pour dire au revoir. Au moins les gens seront occupés et ça évitera les adieux déchirants, j’aime autant. Je sais bien que la planète a rétréci depuis l’invention de Internet et Fesse-Bouc (je n’y suis pas inscrit pour des raisons philosophiques), mais je sais aussi fort bien qu’une fois chacun dans son monde, les contacts se diluent gentiment. On se retrouve dans des réalités tellement différentes que les échanges perdent leur signification; quel intêret y a-t-il à raconter à des plongeurs sur une île tropicale que l’on a configuré un accès VPN ou que l’on a passé un super week-end à faire un service de piquet ? Du coup, passé l’enthousiasme et les bonnes résolutions du retour, les liens se détendent, c’est tout à fait normal. On a beau le savoir, cela ne rend pas les choses plus faciles pour autant.

Enfin, courage, ce n’est pas encore totalement fini; j’ai encore quelques jours à Bangkok (10 millions d’habitants, cela va changer un peu de Koh Pha-Ngan !) pour faire du shopping et noyer mon spleen dans quelques thai buckets sur Khaosan Road. Heureusement que j’ai renouvelé mon stock d’Alca-Seltzer depuis mon « final » !

Mea maxima culpa

J’ai tenu bon plus de deux mois et demi, mais voila, quelques jours avant de rentrer, la tentation était trop forte, j’ai fauté.
Dieu sait si j’ai des principes et si je suis fidèle, mais là je ne sais pas ce qu’il m’a pris, quand je l’ai aperçue, j’ai immédiatement fondu, et elle aussi. Elle n’est même pas très jolie, le teint plutôt pâlot, toute maigrichonne. Elle est anglaise et supporte plutôt mal le climat local. Cela se remarque d’ailleurs à l’odeur qu’elle exhale assez rapidement quand je la sors de ma chambre climatisée. En plus j’ai dû payer pour l’avoir, et un prix plus que surfait; presque le coût d’un diner complet dans mon village de pêcheurs.

Quoi qu’il en soit, j’ai consommé. Sur mon lit dans mon bungalow, « Wish you were here » de Pink Floyd en fond sonore et petit verre de rouge. Bien sûr, dégouté par mon attitude je l’ai immédiatement jetée après, mais le mal était fait. Je vais donc rentrer la tête basse, le rouge de la honte aux joues et la boule sur l’estomac.

PS : J’ai quand même fait une photo de cette pièce de fromage qui m’ai fait craquer :

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Et la boule sur l’estomac, c’est parce qu’en fait je digère vraiment mal le fromage…

Babel-upon-Siam

Ce soir, irrésistible envie de pâtes, sans doute consécutives aux excès des jours précédents. Je vais donc chez l’Italien qui tient un petit restau au milieu du village et accessoirement aussi le bar où ont lieu les jams du mercredi. La nourriture y est délicieuse, car il fait tout lui-même : pâtes, pizzas, sauces, etc. En plus, il a un petit rouge qui passe bien (à condition d’y mettre un glaçon).

J’attaque donc mes carbonaras tandis que trois gamins jouent sur le terrasse. Deux qui ont l’air Thaïs, et un blondinet qui ne doit pas être du cru. Ils semblent pourtant tous parler Thaï : la partie de cache-cache commence, et la petite fille commence à compter : neung, song, som, see, ha… Le blondinet a repéré une super cachette de l’autre côté du bac à fleurs et se prépare à l’enjamber. Soudain un grand monsieur à la table d’à côté crie : « Luca, komm zurück sofort ! ». Le gamin se pétrifie et revient. La petite fille toute contente se moque de lui en thaï dans le texte (du genre : « nulle ta cachette, je t’ai trouvé du premier coup! »).

Moi, je finis mon verre de rouge et vais payer mon repas : « Arrivederci, my friend, see you on wednesday ! » me lance le patron en sortant. Mes pauvres neurones saturés d’azote se mélangent un peu les pinceaux et je réponds « Buna seara, see you la proxima, auf wiedersehen, et merci bien. »

Où ai-je bien pu fourrer le phrasebook du lonely planet ?

The final

Avant-hier soir, c’était mon « final », c’est-à-dire la soirée qui clôture le cursus du Divemaster. Il y a évidemment un petit bizutage prévu dans l’histoire, on est entre gens sérieux ! Je m’attendais au pire, car j’avais entendu les pires horreurs sur le sujet, et la version la plus plausible consistait un boire une mixture fortement alcoolisée à travers un tuba tout en portant un masque (cela s’appelle le « snorkle test »). J’ai même lu que certaines fois la mixture contenait des substances sympathiques et variées, allant des piments au viagra en passant par l’extasy et le valium…

En fait, j’ai eu une version beaucoup plus sympathique : une jarre (environ 1/2 litre) de bière, tequila, vodka et je ne sais pas trop quoi d’autre qui donnait à la mixture une étonnante couleur brun-vert, non sans rappeller la teinte de l’eau de mer en plongée passé 35 m… Mais le goût n’était franchement pas mauvais.
Pour que le « final » soit réussi, il faut évidemment tout boire d’un trait à travers un tuyau, à genoux sur le sol tandis que l’instructeur verse la mixture dans un entonnoir fixé à l’autre extrémité du tube, et que la foule enthousiaste prodigue des encouragements. Et bien là aussi, je me suis distingué : épreuve brillamment passée, même si j’ai reversé un peu sur mon pantalon et ma chemise (la seule que j’ai prise avec moi !). Mon instructrice m’a alors avoué qu’elle était encore plus nerveuse que moi, car j’ai été son premier Divemaster et que c’est la 1ère fois qu’elle faisait passer un final !

J’ai également reçu en cadeau un joli pendentif en argent pour fêter mon entrée dans le cercle des plongeurs professionnels :

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Après tout le monde m’a encore offert des tournées, et je ne rappelle pas très clairement la fin de la soirée… Renseignements pris le lendemain, je me suis apparemment mis à danser sur les tables, mais je ne me suis pas mis tout nu ni n’ai déclamé La Venoge. Et par chance, tout le monde était à peu près au même niveau d’éthylisme et personne n’a eu la présence d’esprit de prendre des photos. Dans un dernier sursaut de conscience, j’ai laissé ma moto et suis rentré à pieds, même si je ne sais pas trop par où je suis passé car j’avais les bas de pantalons mouillés le lendemain matin…

Bon, il faut que j’aille renouveler mon stock d’Alca Seltzer.

Southbound again

Et c’est parti pour le second « visa run ». Bien que cela devienne routinier, j’ai toujours de la peine à me lever à 4 heures du mat pour ensuite traverser l’ile de part en part en moto pour rejoindre le port. D’autant plus que la route passe à moitié dans la jungle et qu’il n’y a pas tant de réverbères le long du trajet. Des chiens endormis au bord de la route, des palmes (c’est-à-dire des branches de palmiers), et d’autres bestioles non identifiées, ça il y en a tout le long du trajet; il faut avoir les yeux en face des trous malgré l’heure matinale !

On enchaîne ensuite les 3 heures de bateau, les 4 de minibus, le passage des frontières toujours aussi folkloriques, re-minibus et re-ferry avant re-moto à travers la jungle dans la nuit. Il y a par contre plus de circulation à 21h qu’à 4h, mais je ne suis pas convaincu que cela soit un avantage, même si les phares (quand il y en a) font un peu plus de lumière…

Et le truc sympathique, c’est de tailler le bout de gras avec ses camarades de route. C’est assez intéressant de voir les parcours de chacun. Aujourd’hui il y avait avec moi :

– Un Suisse allemand qui avait l’air d’avoir des problèmes administratifs dans son business, car il a passé les trois quarts du trajet au natel;

– Un backpacker d’origine indéterminée qui devait être parti depuis un moment à en juger à l’odeur;

– Une Japonaise Divemaster dans un autre club de plongée au sub de l’île;

– Et le cas social du coin vers chez moi : un anglais qui bosse à mi-temps comme divemaster au club d’à côté et à mi-temps comme cuistot spécialisé dans la gastronomie britannique (!). Il m’a parlé avec passion de la manière de frire le poisson pour le « vrai » fish & chips et où trouver sur l’île les meilleurs rognons pour le kidney pie. Il est en outre excellent musicien et j’ai joué plusieurs fois avec lui lors des jam sessions hebdomadaires au bar du coin : j’avais l’impression d’être avec Jim Morrison. Si ça se trouve, ce dernier n’est pas au Père Lachaise mais bien vivant en train de faire la cuisine quelque part sur Koh Pha-Ngan !

Bref, c’est long, mais toujours intéressant ces visa runs !

Barfly

Il m’en est arrivé une pas mal hier en fin d’après-midi : concédant à la tradition anglo-saxonne, je me suis rendu après ma journée de travail au bar du centre de plongée pour partager un verre avec mes camarades. Le bar est sur pilotis, à environ 1.5 m du sol. Le plancher est formé de lattes en bois qui subissent l’assaut permanent du climat tropical. Et en voulant attraper mon sac pour payer ma première consommation (que je n’avais même pas encore entamée), mon pied tranverse une latte pourrie et je me retrouve « planté » dans le plancher du bar !

Hormis la blessure infligée à mon amour propre et l’entaille ainsi faite à mon prestige, je me retrouve avec une belle écorchure sur le pied gauche (oui, on est toujours à pieds nus ici). Rien de grave, mais cela se trouve juste sur la sangle de la palme et cela me fait un mal de chien dès que je dois nager. Et il y en bien pour quelques jours; étant donné la culture bactérienne présente dans une bottine de plongée utilisée quotidiennement dans de l’eau tropicale, cela met longtemps à cicatriser.

Et dire que je n’avais même pas bu une gorgée…

Cargo de nuit

« 35 jours sans voir la terre… » (Oui, on les références que l’on peut!)

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En fait à peine trois heures. Le plus dur c’est de se lever à 4h du matin pour attraper le ferry qui part à 5h de Koh Pha-Ngan pour Surat Thani. Et là encore, je trouve que le Lonely Planet commence à être moins fiable : j’ai la dernière édition (en anglais, car la version française a toujours un délai de plus) et ils y disent que le night boat est « rough » et qu’il faut prévoir à boire, à manger et que c’est mal famé. Et bien alors que je m’attendais à me retrouver à fond de cale avec une rame dans chaque mains, le ferry est tout à fait confortable. Certes c’est un cargo, mais il y a des sièges passager, une boutique qui vend boissons et boustifaille, et même une zone VIP climatisée. Faut quand même pas pousser…

Une fois sur le continent, le chauffeur nous attend (« nous » car nous sommes visiblement une demi-douzaine dans le même cas) et départ en minibus pour la frontière Malaise (env 300 km à vue de pif). Le chauffeur roule à tombeau ouvert, mais Bouddah est avec nous et on arrive sans encombres vers 12h30.

C’est là la partie rigolotte : on sort de Thailande en rendant la carte de « non-immigrant », puis on va faire la queue à la douane Malaise au guichet « arrivées ». On fait ensuite 20 mètres en Malaisie pour faire le tour de la cahute du douanier et rejoindre le guichet « sorties ». Re-tampon, et repassage à la douane Thaïe au guichet « arrivées ».
Le douanier voit mon passeport rouge et me dit « Ah, Swizaland, Loger Fedelel ». Je comprends au bout de quelques secondes : « Yes, Roger Federer is one of my good friend ! » Et jeu, set et match : 15 jours de plus !

A peine 30 minutes pour la manoeuvre, et re-minibus pour Surat Thani. Arrivée même en avance pour le ferry de 18h. Bref à 21h30, c’est bouclé, je suis à la maison avec mon visa prolongé. Ça fait une grosse journée, ça coûte une quarantaine de Frs, mais malheureusement ce n’est valable que pour 15 jour. Dommage que je n’arrive pas à goupiller les horaires de ferry et d’avion pour obtenir un mois de plus d’un coup, mais je crois qu’il n’y a rien à faire : c’est impossible en un seul jour.

Qu’importe, j’adore ce pays !

Sans papiers

En bon garçon prévoyant, avant de partir j’avais contacté l’ambassade de Thaïlande afin de savoir si les citoyens Suisses ont besoin d’un visa spécial pour rester plus de deux mois dans le royaume. Non non, m’avait on assuré; à partir de trois mois, là il faut quelque chose de particulier, mais poir deux mois pas de problèmes. Ok, pas de problème.

Seulement à l’arrivée a Bangkok, le douanier me dit que 1 mois, c’est bon, mais que pour plus de temps il faut un visa spécial… Le gars de l’ambassade visiblement était un bleu lui aussi !

Mais voila maintenant presque un mois que je suis là et il faut que je commence à m’agiter un peu. Renseignements pris auprès de mes collègues expats, c’est 500 Bahts (13 Frs environ) d’amende par jour exédentaire. Ok, ce n’est pas énorme, mais je n’ai pas prévu ça dans mon budget. Et c’est surtout débile; tout ça à cause de renseignements foireux de la part de l’ambassade…

Bref, j’ai trois solutions possible :

– M’en ficher et payer l’amende au départ, mais ça va tout de même faire plus de 400.-, ce qui serait vraiment stupide…

– Aller à l’ambassade la plus proche (Penang sans doute), et obtenir un « vrai » visa de trois mois, mais il faut compter au moins trois jours entre le voyage et l’attente à l’ambassade…

– Passer la frontière la plus proche (Malaisie) et obtenir une prologation renouvellable de 14 jours.

Il y a quelques années, toutes les agences de voyages locales organisaient des « visas runs » : on refilait son passeport au gangster du coin, et il les faisait passer tout seuls en bloc (moyennant sans doute bakshish) la frontière pour obtenir les bons stamples. Depuis quelques temps, les autorités thaïlandaises ont drastiquement serré la vis et il faut passer en personne la frontière pour obtenir le tampon donnant droit à une extension de 14 jours. Il parait d’ailleurs que des agences peu scrupuleuses faisaient de faux tampons au lieu de véritables « visas runs », et les touristes se retrouvaient avec de faramineuses amendes au moment du départ…

Donc si je veux éviter les geôles Thaïes, je suis obligé de m’offrir une petite excursion en Malaisie avant la semaine prochaine. Je viens de m’acheter mon billet de ferry pour Don Sak ainsi que le minibus pour la frontière Malaise. Ça va me coûter une grosse journée (départ à 5h du matin pour rentrer à 18h) et près de 2000 Baht, mais la légalité est à ce prix !

Et en plus, à coup de 14 jours de rab, il faudra que je fasse ça plusieurs fois avant mon retour…